2017–2018

Passerelles France-Israël


Le projet Passerelles est né de la volonté de faire se rapprocher des jeunes de nationalités, de religions,
de cultures et de pays différents qui partagent tous une même passion, la danse. Il a été initié en 2015
à Rillieux-La-Pape par l’association DSF et le Centre Chorégraphique National.

Sensibles à la démarche créative du projet et convaincus des valeurs de partage, de paix, d’échange
que celui-ci porte, Yuval Pick et l’équipe du CCN de Rillieux-La-Pape dessinent une nouvelle étape pour Passerelles qui prendra corps dans le cadre de la 18ème Biennale de la Danse de Lyon et de l’année
Croisée France Israël 2018. A nouveau, un groupe de jeunes français rilliards et un groupe de jeunes
israéliens – juif et arabes, se réunissent sous la conduite artistique de Yuval Pick, pour construire
une aventure chorégraphique, nourrie par les relations corps et voix et à l’image d’une danse d’ensemble.
Donner les mains est pour nous un acte fondateur de notre désir d’œuvrer ensemble.

À mes yeux, Passerelles est un projet qui questionne notre capacité à franchir les lignes
qui nous semblent imposées. Je viens d’un endroit où les frontières sont contraignantes,
et je vis depuis plus de vingt ans dans un pays qui cherche à s’affranchir des frontières nationales et des murs. Pourtant, ici en Europe de l’Ouest, je distingue quotidiennement l’existence d’autres délimitations, des frontières invisibles, sociales par exemple,
qui sont autant d’obstacles à nos capacités à aller vers l’autre.

Ce constat je l’ai intégré à la manière dont je conduis le projet du Centre Chorégraphique National de Rillieux-la-Pape. Je l’ai toujours envisagé comme un lieu ouvert et poreux,
un endroit qui permette de dépasser les frontières entre les gens, qui invite à aller vers l’inconnu, vers celui qui n’est pas moi. Tout mon travail est nourri par ce mouvement.

Passerelles prolonge cet élan en transcendant les frontières par la danse et la rencontre.
La première expérience du projet en 2015, a constitué un moment fort, qui m’a
profondément marqué. Nous allons lui donner une suite qui permette d’expérimenter
et d’étendre le champ des possibles, en instaurant un dialogue, par la création
chorégraphique, entre des individus dont les identités sont marquées par les frontières.

J’ai envie de partager, par ce projet, une image de notre capacité à inventer un espace commun qui inclut à la fois les singularités et les différences de chacun.

Yuval Pick, mai 2017

L’équipe
Direction artistique :
Yuval Pick
Chorégraphie:

Emilie Szikora
Création sonore:
Wilfrid Haberey
Coordination artistique:
Sharon Eskenazi
Coordination artistique du groupe :
Gsharim Rabeah Morkus
Interprétation :
30 Jeunes des groupes DSF et Gsharim
Coordination générale :
Gwenaëlle Magnet
Direction technique :
Thalie Lurault
Et l’ensemble de l’équipe du CCNR


Teaser Passerelles 2018 : Voir plus

Concrétisation…


Sous la tutelle de Yuval Pick et Emilie Szikora, le projet a débuté avec le groupe DSF à Rillieux-La-pape en janvier 2018 par un premier atelier, et en février 2018 avec le groupe Gsharim à Kfar Yasif par une semaine d’atelier.
Après de longs mois de travail et d’entrainement, le groupe DSF a pu rejoindre le groupe Gsharim en Israël au mois de juillet durant une semaine. En Israël, le projet s’est concrétisé par une représentation lors d’une nocturne à Haifa, mais l’aventure ne s’arrête pas là… quelques semaines plus tard, les danseurs israëliens rejoignent DSF en France afin de finaliser la création avant la Biennale de la danse. S’ensuit alors une semaine de répétition intensive au lycée Lamarque où les deux groupes ont pu partager leur passion pour la danse avec les jeunes lycéens à travers des freestyles. Après cinq jours de répétition, nous voilà le jour-J. Les danseurs partent de bonne heure au théâtre antique de Fourvière pour se familiariser avec le lieu et faire une dernière répétition. 14h45, le public arrive. L’adrénaline monte chez les danseurs, la musique retentie et leurs corps se mettent en mouvement au rythme de la musique, et emportent le public dans leur danse… À leur manière, chacun d’eux brise les barrières, vont à la rencontre des centaines de personnes seulement par un seul moyen d’expression, la danse, et montre au plus grand nombre que quelque soit nos différences, il est possible de coexister ensemble…

Les témoignages


Cette semaine Passerelles à Haïfa a été encore une fois magnifique et pleine d’émotion. C’est un projet qui humainement nous fait ressortir encore plus grand à chaque moment et à chaque spectacle. Pour ma part, je veux devenir danseur professionnelle et ce genre
de projet me conforte et m’encourage dans mon parcours et mes choix. Mais en dehors de ça, c‘est surtout personnellement que ce projet à un impact sur moi et mon entourage. Voir ce projet gagner en rayonnement et toucher d’autres personnes ou les rendre simplement curieuses me dit que l’on a réussi quelque part notre objectif.
Les projets Passerelles m’ont appris beaucoup de chose, mais une chose qui définis notre groupe et ce projet, c’est le VIVRE ENSEMBLE. Deux mots qui prennent tous leurs sens une fois dans ce projet. J’ai appris à aller vers l’autre sans mes préjugés, à l’écouter, à danser
avec lui, à partager, à comprendre. Des notions qui aujourd’hui, je trouve, ne sont plus trop présente, ou la moindre différence chez l’autre est sujette à débat, avoir peur, attiser la haine, créer des divisions qui n’ont pas lieu d’être au final. Avec ce projet on a l’impression
de proposer une alternative, un « regarder c’est possible », être à contre-courant un peu.
Tout ça, on le retrouve dans la chorégraphie que nous avons présentée en Israël et que nous allons présenter à la Biennale de la danse.
Ce que Yuval et Émilie ont voulu faire paraître dans cette pièce c’est « L’UNITE ». Dans la pièce on ne voit pas une « unité » au niveau
de la forme ou de l’esthétique ça n’aurait pas de sens, mais comment peut-on montrer qu’un groupe d’individus peut être « unis » au-delà de la forme? Et bien dans cette pièce on peut voir que les 24 danseurs sont « unis » par l’énergie du groupe, par les intentions mises
dans les gestes, par les regards entre les danseurs, nos états de corps. On comprend que même si nous sommes tous différents (dans la pièce ou en général) avec nos costumes par exemple, que l’on soit 24 individus, on ne voit qu’un seul groupe ou une seule personne
sur scène. Nous cassons les barrières qui nous sont propres pour ne faire qu’un et c’est là que le nom de la pièce prend tout son sens « FLOWERS CRACK CONCRETE ».
Bien sûr, ce n’est pas facile d’arriver là en quelque répétition. Le processus de création a été compliqué car le groupe DSF qui réside en France et le groupe Gsharim qui réside en Israël, n’ont pas pu répéter ensemble sur le début de l’année jusqu’à la semaine Passerelles où nous avons pu mettre en commun le travail fait dans les deux groupes. Ce qui était intéressant c’est qu’une fois que nous avions rencontré le groupe Gsharim, nous nous sommes tout de suite entendu et compris, pas besoin de parler, la danse suffit à elle toute seule. Sur la pièce surtout nous avons vite compris ce que voulait Yuval, cette énergie commune qui était dans le groupe avant, nous avons pu la mettre
sur scène.
Au moment de jouer la pièce ce qui m’a le plus interpellé c’était le public. Il était tellement réceptif à ce qui se passait devant leurs yeux. L’énergie que l’on diffusait il nous la rendait x10. C’était une sorte d’échange tout au long de la pièce. De l’intérieur c’était quelque chose d’unique on ressentait l’autre son énergie, son intention et ça sur 24 danseurs ça nous pousse au plus haut de nous-mêmes. Et j’aimerais faire une mention spéciale pour Wilfried qui a fait la musique de la pièce en même temps que le processus de création.
La musique qu’il a fait est très puissante, énergique, mais surtout profonde. Elle nous prend par les tripes et nous transforme chacun
de nous. J’adore son travail mais sur cette pièce c’était incroyable.
Si je devais être honnête je pense que c’est la première fois que je ressens tout ça sur scène. C’est la meilleurs scène que j’ai pu faire
et j’en suis extrêmement heureux.
Alors un grand merci à toi Sharon sans qui tout cela n’aurais pas pu être possible. Sans mentir tu es l’une des seules personnes qui nous poussent à être meilleur, tu as beaucoup de générosité et un cœur d’ange. Tu nous a emmené avec toi dans ton aventure, et je pense
que tu peux être fière de toi. Toda 😉 »
Danseur originaire du milieu du hip-hop, plus précisément du breakdance, je fais partie de l’association DSF ainsi que du projet Passerelles depuis le commencement il y a 4 ans déjà. Mais je dois l’avouer, jamais je n’aurais pensé que le projet prendrait une telle envergure.
S
i on m’avait dit-il y a 4 ans que je danserai avec le groupe de passerelle dans le cadre de la Biennale de la danse, sous la tutelle de Yuval Pick, je pense que je ne l’aurai pas cru. Ayant une racine Hip-hop, travailler avec Yuval était très différent de ce que j’ai l’habitude de faire. En hip-hop on se focalise principalement sur l’esthétique la musicalité et l’impact du mouvement. Hors durant ce projet c’était généralement l’opposé. On se focalise plus sur l’intention, sur l’image transmise par le mouvement plutôt que sur l’esthétique
ou la musicalité. Par exemple j’ai appris que l’on peu faire un unissons sans être parfaitement synchro, mais juste en ayant une intention, un mouvement commun. 
Cela m’a beaucoup apporté pour ma pratique personnelle de la danse car de mon point de vue si l’esthétique
est le corps du mouvement, l’intention serait l’âme. les deux me paraissent aussi importants.
Cette semaine, comme celle que nous avons déjà eue auparavant avec le groupe Gsharim était juste incroyable, pleine d’énergie, d’émotions, de chaleur que ce sois la température extérieure où l’accueil chaleureux que nous avons reçu.
C’était très intense, nous avions des répétitions tous les jours pendant 7 h, pourtant le soir on ne pouvait s’empêcher de sortir pour profiter au maximum de notre temps tous ensemble. Nous nous sommes connus grâce à la danse, nous avons partagé sans retenue
et maintenant, Passerelle est comme une deuxième famille.
Durant la présentation de la pièce l’énergie était juste incroyable, on a tout donné. À la fin de la présentation, j’ai vu des personnes qui avaient les larmes aux yeux, ça m’a vraiment touché.
Nous voulons montrer que les frontières, les cultures, les religions et même les langues ne sont que des barrières que nous nous fixons. Que c’est en allant vers l’autre et en l’acceptant que l’on peut avancer ensemble.

 

Peace, Love, Unity and Having Fun 
Cet été nous sommes allés en Israël dans le cadre de notre projet Passerelle, ainsi nous avons passé une semaine à préparer une création qui a été présentée sur un parking en plein air. Le premier jour, la rencontre avec nos amis habitant en Israël, le groupe « Gsharim » était fabuleuse, rempli d’émotions et de joie, nous avons tout de suite reformé les liens et commencer à rigoler ensemble.
Nous avons débuté cette semaine de répétition très rapidement.Les temps de création et de répétitions au gymnase étaient très intéressants, un nouveau langage s’instaurait : la danse. Nos chorégraphes nous faisaient faire des exercices qui permettaient de travailler la proximité, la sensation de l’autre, notre place dans l’espace, c’était très enrichissant et très important pour développer notre confiance envers l’autre. Le fait d’avoir dansé ensemble nous a permis de nous rapprocher et de nous soutenir car le rythme n’était pas forcément tranquille. De plus, en France nous avions déjà présenté plusieurs fois la création « Flowers crack concret », de ce fait lors des répétitions nous avons pu apporter des conseils et de l’aide au groupe Gsharim.

Bien sûr le partage ne s’arrête pas là au niveau de la danse, nous avons aussi pratiqué nos propres danses ensemble pendant les temps libres et de repos. 
Nous dormions, vivions, mangions ensemble dans une auberge dans la ville d’Haifa. Malgré la fatigue, nous étions toujours prêt à rester éveillé pour faire la fête peu importe l’heure.
Le jour de la représentation fut pour nous une explosion de joie remplie d’acharnement, de fatigues, de rires et de larmes ; enfin nous arrivions au bout et nous nous sommes tous donnés à fond pour briller sur scène. Après le spectacle nous n’avons pas pu attendre de s’éloigner de la scène que nous avions déjà tous crier notre extase, notre bonheur et fêter notre « victoire » dans la ville même.
Ce spectacle a été celui qui m’a le plus fait vibrer émotionnellement depuis le début de ma carrière de danseur.
Le dernier jour, les au revoirs fut très bref, parce que cette histoire n’est pas terminée et reprendra en septembre dans le cadre
de la Biennale de la danse 2018 !
J’ai passé ma première semaine Passerelles en Israël en juillet et je n’en retiens que du positif. Se revoir pendant une période plus longue et dans le cadre d’un projet comme Flowers Crack Concrete a permis de nous rapprocher davantage et d’être plus impliqués dans tout ce qu’on faisait. 
Le fait de vivre tous ensemble à l’auberge dans un super cadre nous a laissé encore plus de temps et d’opportunités de mieux se découvrir. J’ai revu et rencontré des personnes vraiment spéciales, bienveillantes avec qui je partage des valeurs et des passions et que je n’aurais jamais pu connaître sans ce projet. L’immersion dans notre sorte de grande bulle au quotidien ne m’a personnellement apporté que du bien. J’étais plus que survoltée et ne voulais pas perdre une seule seconde. 
Pour ce qui concerne le processus de travail et la création, c’est lors des temps de travail ensemble que j’ai commencé à ressentir ce que Yuval et Émilie cherchaient à nous faire vivre. Je pense que nous avons réussi à créer un groupe vraiment puissant et que nous sommes à la hauteur des messages que nous voulons chacun transmettre. Il n’a pas fallu travailler longtemps sur la cohésion car elle était déjà là avant même de commencer. Par moments j’étais vraiment épuisée ou à bout de souffle, mais de simples regards ou la voix de chacun suffisaient à me redonner un charge d’énergie pour continuer. 
Je pense que le fait que la création ne soit pas centrée sur des choses très techniques ou très dansées nous a troublés au départ, mais ça permet de se concentrer sur notre ressenti et comment faire ensemble à notre façon au lieu de vouloir bien faire, être toujours dans le joli, ou dans le « m’as-tu vu ». C’est un mode de travail différent et ça n’a pas toujours été évident pour nous mais le rendu final est sans doute beaucoup plus puissant grâce à ça. La représentation sur le parking a été un moment vraiment fort pour moi et le groupe car le public a été très attentif et réceptif. 
Ça s’est d’ailleurs ressenti dans les rues vues l’excitation qu’on avait encore après avoir terminé. Danser ensemble a vraiment été un plaisir et les aux revoirs n’ont pas été très longs car on est prêts à remettre ça en septembre, même si ça ne sera pas comparable. Ce que je peux dire dès maintenant c’est que cette expérience va me trotter dans la tête pendant très longtemps.